Terroir Parisien, le Bistrot de Yannick Alléno

Ouvert début 2012 en grande pompe et à grand renfort de communication, Terroir Parisien a été le fruit de plusieurs années de travail de la part du Chef Yannick Alléno. Après avoir écumé toute l’Île de France à la recherche des meilleurs producteurs et sorti du placard quelques-unes des plus emblématiques recettes parisiennes, il a imaginé ce projet d’un bistrot au cœur de la capitale proposant une cuisine traditionnelle et mettant en scène les produits de sa région d’origine. Toujours avec du retard à l’allumage et une fois la déferlante journalistique passée, je me suis enfin décidé à y réserver une table alors que beaucoup de mes adresses fétiches étaient en pause estivale…

Premières Impressions :

Accolé à la Maison de la Mutualité, Terroir Parisien jouit d’un très bon emplacement entre la Rue des Ecoles et le Boulevard Saint-Germain. A l’intérieur, la décoration signée Jean-Michel Wilmotte est dans l’air du temps, sans faute de goût mais sans grande originalité non plus. Le large comptoir central apporte de la lumière et trace la route vers la cuisine ouverte au fond de la salle. Les tables sont plutôt bien espacées pour ce genre d’endroit et le niveau sonore reste modéré. Au registre des excentricités, quelques cagettes de légumes disséminées sur les murs mais surtout un étrange papier tue-mouche pendant au dessus de la tête de quelques chanceux. Curieuse idée… Au service, exclusivement des hommes. Pressés, uniformisés, tout juste aimables, rien de très chaleureux de prime abord.

La Carte :

Lors de notre visite fin août, la carte avait visiblement changée récemment et était différente de celle exposée sur le site du restaurant. Il faut dire qu’avec cette démarche d’utiliser des produits locaux, le Chef est bien obligé de constamment s’adapter aux saisons et aux aléas des arrivages.

Les propositions sont alléchantes et font la part belle aux recettes et techniques traditionnelles de la cuisine française. Vous vouliez du terroir et bien vous êtes servis ! Œufs en gelée ou Harengs pommes à l’huile en entrée, Cocotte de joues de lotte ou Boudin noir purée moelleuse en plat de résistance et Fraises en bavarois ou Paris-Brest pour une fin de repas sucrée. Le choix est vaste et on apprécie notamment de voir à la carte quelques potages et autres cochonnailles. On notera que tous les énoncés sont traduits discrètement en anglais. Une traduction fort utile car parfois plus explicite que la version en français… Venus à trois nous prenons des plats différents et tentons autant que faire se peut de sortir des sentiers battus.

Le Repas :

Difficile de se tromper avec une Terrine de Foies de volaille, sel et poivre directement livrée par le Charcutier star de la capitale Gilles Vérot. De beaux morceaux de foie, peu de gras, un juste assaisonnement, pas de doute c’est bien la très bonne terrine que j’achète pour chez moi (mais deux fois plus chère). Un petit cornichon en sus, une salade, un sourire ? Non, tant pis…

À la commande, on nous précise explicitement que cette Crème d’Ortie et Mousse d’oignon à la noix de muscade est servie chaude. Encore convaincu de la compétence du serveur, je mélange et avale une première bouchée sans aucune hésitation. Manque de chance, c’est glacé ! Quand je fais remarquer cette petite contradiction, on tentera de me dire qu’elle est en réalité servie tiède. Mais puisque je vous dis qu’elle est glacée ! Qu’à cela ne tienne, l’assiette repart en cuisine. A son retour 2 minutes plus tard, pas de doute, c’est bien la mienne. Je reconnais tout de suite mon coup de cuillère 😉 Ok c’est chaud, ok c’est pas mauvais bien qu’un peu fade mais est-ce normal de reservir un plat honteusement passé au micro-ondes avec un air de dire « Tu le voulais chaud, bah voilà, manges et me fais plus *** ! » ? Finalement, j’apprends après coup en lisant un blog que c’est en réalité un plat froid. Bref du grand n’importe quoi !

La Mousseline fine de merlan et son beurre de ciboulette fût également décevante. Du goût dans la sauce mais une mousseline compacte donnant le sentiment désagréable qu’elle a été sauvagement réchauffée.

Les plats de résistance auront été la bonne surprise de ce dîner chez Terroir Parisien. Dans l’ordre, Pièce de Bœuf sautée et sauce Bercy, pomme Anna, puis Épaule d’agneau cuite doucement, pépites de betterave au jus et enfin Poitrine de veau aux petits légumes glacés. Rien à dire sur la qualité des viandes. Fournies par Yves-Marie le Bourdonnec, elles sont irréprochables tout comme les cuissons. Les garnitures sont très simples mais plutôt réussies. On regrettera cependant que la recette traditionnelle des Pommes Anna soit passée en cure d’amaigrissement et que personne n’ait su nous expliquer ce qu’étaient des Pépites de Betteraves. J’imagine la tête du mec non initié et allergique au gluten découvrant que ce qu’il pensait être un légume est en réalité de la semoule de blé enrichie de son pire cauchemar…

Peu rassasiés par des assiettes plutôt frugales, nous sollicitons une petite pause fromagère. Les fromages sont annoncés sur la carte donc en principe pas de mauvaise surprise. Nous avions d’ailleurs noté que l’assiette contenait du Bleu de Chèvre car l’un de nous n’aimait pas ça. Seulement j’ai beau chercher, point de Bleu de Chèvre dans cet assortiment correctement affiné mais peu diversifié. Je demande donc confirmation à l’un des serveurs jusque là plus intéressé par la tenue de sa mèche que par la satisfaction du client. Toujours bien décidé à me faire passer pour un abruti, il me confirme d’un air supérieur qu’il m’a bien servi du Bleu de Chèvre. Je jette l’éponge, pas question de gâcher la soirée… Si notre fromager de pacotille passe par là, voyez donc ce qu’est un Bleu de Chèvre

On en arrive enfin aux desserts. Malheureusement, aucun de ceux que nous avons choisi était bon. L’éclair au chocolat et Caramel croquant était tellement croquant que même un couteau peinait à fendre la couche de caramel. La Conversation aux fruits rouges et noirs n’aura pas été plus convaincante. Le feuilleté était beaucoup trop cuit et la confiture, bien que goûteuse et peu sucrée, était sans grand intérêt. J’ai du mal à croire qu’un grand Chef comme Yannick Alléno puisse considérer ces desserts comme au niveau d’un de ses établissements. Le Baba et crème fouettée au miel Béton avait plus belle allure mais c’était sans compter sur un sirop totalement liquide et une crème fouettée tristement retombée. Nous aurions définitivement été bien plus inspirés de rester sur des valeurs sûres comme le généreux Paris-Brest fièrement exposé sur le comptoir.

Bouquet final, on nous annonce que la machine à carte bleue ne marche plus depuis la veille. Sympa, personne n’aura jugé bon de prévenir les clients dès leur arrivée (Nous n’étions pas les seuls embarrassés). Heureusement l’un de nous (qui n’avait pas du tout prévu de payer le repas) avait miraculeusement un chéquier (et une carte d’identité sinon c’était recalé évidemment !). Bien sûr, pas d’excuse, rien. Tout va bien Madame la marquise !

Bilan :

Faut il y aller ? Terroir Parisien part d’un très bon sentiment. Les produits sont bien choisis et de qualité mais la réalisation n’est malheureusement pas au niveau surtout s’agissant des entrées et des desserts. Passons sur le service parfaitement inadapté qui ne manquera pas de vous gâcher les quelques fulgurances gourmandes. Si malgré tout vous souhaitez tenter votre chance, je ne peux que vous conseiller de rester sur les classiques et les plats demandant peu de préparation.

Avec qui ? Un ami étranger de passage à Paris dont la liste de restaurants se résume à quelques brasseries servant du sous-vide.

Y retourner ? Non sans façon. Dans le quartier, il y a bien meilleur à commencer par le discret mais excellent Bistro des Gastronomes.

La clientèle ? Le soir, une majorité de touristes sans doute envoyés par les conciergeries d’hôtels.

C’est cher ? Nous en avons eu pour 65 € par personne vin inclus. Pas donné quand même ! Pour entrée, plat et dessert, difficile de s’en sortir à moins de 45 € par personne. Le midi, le plat du jour à 15 € reste un bon moyen d’aller à l’essentiel sans se ruiner.

Et les toilettes sont propres ? Corrects.

Informations :

Terroir Parisien
20 Rue Saint-Victor – Paris 5ème
Métro : Maubert-Mutualité
Tél. : 01 44 31 54 54
Ouvert tous les jours pour le déjeuner et le dîner.
www.bistrot-terroirparisien.fr

 

 




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